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20. Cette petite chapelle

Year 2012

A propos de la chapelle d'Oberrealta


Architecte Christian Kerez
Lieu Oberrealta, Suisse
Construction 1994


Est-ce une cabane, une maison ou une chapelle qui se dessine parmi les Alpes suisses ? Au loin ces formes se ressemblent à s’y méprendre. Devenue icône du minimalisme suisse, cette chapelle représente bien plus qu’un simple lieu de culte.

Blanche, patinée par le temps, elle est en décalage total avec son paysage allant même jusqu’à lui tourner le dos. Un moyen selon C.Kerez de révéler la nature dramatique et la somptuosité d’un tel environnement paysager. Il est certain que cette image d’une chapelle blanche, pure, sur fond de montagne tend à la postérité. Tout comme le fait de préserver les anciennes fondations en les intégrant dans le nouvel édifice est somme toute très consensuel : « la nouvelle chapelle couvre les anciennes ruines comme un récipient protecteur, coulé dans du béton »¹.

Une intervention à priori poétique et consensuelle qui nous met de prime abord en porte à faux quant à sa légitimité architecturale.

C.Kerez assume pleinement le fait qu’une chapelle est un élément remplit d’anonymat, de discrétion. Il y voit d’ailleurs l’occasion de tourner le dos aux modèles qui ont fait le renom de l’architecture moderne et contemporaine. Ainsi la chapelle se voit doter d’un aspect figuratif, puisque ressemblant familièrement à une maison, et abstrait, puisque fait dans un seul matériau, le béton.

Pour toute personne avertie, une telle architecture n’est pas anodine et pose d’emblée la question du monument sous deux formes, la religion « la commémoration a pour but dès l’érection du monument, que le moment désigné n’appartienne jamais au passé et qu’il demeure toujours présent dans la conscience des générations futures. Elle présente un lien évident avec les valeurs d’actualité »² et l’art « valeur d’art relative »³. Cette notion de monument amène de la force quant à la justesse d’une telle architecture. C.Kerez évacue les codes architecturaux modernes et religieux. On ne peut plus dit-il « se réfugier dans le premier »⁴ et le second ne l’intéresse pas, cela donnerait une valeur d’ancienneté (Riegl, 1903) à la chapelle qui se veut définitivement contemporaine.

Cette architecture cherche donc à questionner l’évolution architecturale et sociétale qui s’est tenue depuis la démolition de la première chapelle et ce jusqu’à ce que la nouvelle soit érigée en 1994.

Augustin Berque dirait qu’elle n’est autre que poïèse (Berque, 1995) et aurait à fortiori raison. Parler uniquement de poïèse ou de poésie serait faire fausse route. La cabane en béton, comme la nomme Christian Kerez, voit plus loin et fait sens en regardant bien au-delà du paysage qui l’entoure. Elle est assurément poïèse et poésie. En somme, une réinterprétation du genius loci conférant ses lettres de noblesse au minimalisme suisse.



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¹ Chapelle Oberrealta, EL CROQUIS N°145 – Christan Kerez 2000 2009. El croquis, Madrid. 220p.
² RIEGL Aloïs, Le culte moderne des monuments, 1903. réédition 2003, Editions L'Harmattan, 124p.
³ Ibid.
« You can’t take refuge in modernism anymore » – Interview de Christian Kerez, EL CROQUIS N°145 – Christan Kerez 2000 2009. El croquis, Madrid. 220p.

Oberrealta chapel